Série « Aquarelles belliqueuses 2 »
12 dessins, aquarelles et stylo sur papier, 30 x 42 cm, 2007.
N°1 : - Tu comprends mon gars, il faut prendre en compte la réalité d'un discours raciste généralisé, qui constitue pour les policiers une véritable norme à laquelle il est difficile, lorsqu’on est policier de base, d’échapper et plus encore de s’opposer.
- Ouais, en plus le caractère normatif de ce racisme policier en fait avant tout un élément de la culture policière, distinct du racisme ambiant ou de celui des couches sociales dont les policiers sont issus, et qui n’a pas un caractère de construction idéologique ou doctrinaire. C’est pas de not’faute quoi !
N°2 : Ouh là ! Calmos mon gars… Dans certains milieux sociaux, dans certains contextes et à certains âges, la délinquance constitue une potentialité d’investissement particulièrement ouverte pour des individus que ne singularise aucune carence, aucune maltraitance même psychologique, en un mot aucun fonctionnement psychopathologique. Ça peut arriver à n’importe qui tu vois, c’est normal !
N°3 : - Ah non, je pense que le divorce n’a pas d’effet direct et univoque sur le psychisme et les affects des individus.
- Ben ouais mais ça dépend en réalité de l’ensemble de la dynamique familiale dans laquelle ces effets prennent vie et impact. Ça me paraît clair…
N°4 : Ouais d’accord, à la rigueur, dans des situations de blocage des possibilités sociales, la délinquance peut être considérée comme une stratégie revalorisante, une sortie de l’impasse, une possibilité de « paraître », de devenir quelqu’un. Mais c’est pas une raison pour cramer des bagnoles putain ! ! !
N°5 : - Eh les gars ! Vous pensez vraiment que la famille a connu des évolutions qui accroissent ou redéfinissent la place qu’elle prend dans la genèse de la délinquance ?
- Pfff ! ! ! Tu sais que t’es chiant avec tes questions à la con…
N°6 : Bon, le recours aux attributs ethniques a pour les policiers un caractère fonctionnel, au même titre que l’âge ou le sexe, dans la mesure où la police de la rue renvoie avant tout à une conception de la normalité conçue comme adéquation d’un type de population, d’un espace et d’un moment donnés. En gros, ‘faut pas trop se faire remarquer si on n’est pas dans le moule sinon ça craint !
N°7 : - Vas-y, dégage enculé !
- Eh oh ! ça va pas non ! ? Il faut replacer les logiques de comportement au sein d’une analyse des représentations d’avenir des jeunes des quartiers défavorisés sinon ça sert à rien !
N°8 : Oh putain les gars, moins vite ! De toute façon le modèle de la famille nucléaire fondée sur le mariage, le travail du père et l’éducation des enfants par la mère, est un modèle qui n’a vécu que peu d’années en tant que norme statistiquement dominante, alors c’est pas la peine de cavaler comme ça parce que ça changera rien…
(collection particulière)
N°9 : Eh, à ton avis, la famille dissociée produit-elle plus d’enfants délinquants que la famille non dissociée ? Non parce que ma femme veut se barrer avec les gosses mais si c’est pour qu’ils vendent du shit, je suis pas trop pour tu comprends...
N°10 : - Bon je sais que c’est un peu facile mais les facteurs socio-économiques s’avèrent les plus déterminants dans la genèse de la délinquance car ils ruinent les capacités de contrôle des parents.
- Ben oui, outre qu’elle peut les déstabiliser sur un plan psychologique individuel, leur situation d’échec sociale risque en effet de décrédibiliser un discours normalisateur et intégrateur aux yeux de leurs enfants. Du coup ils font n’importe quoi, c’est pas étonnant !
N°11 : Oh, faites pas chier ! Le vandalisme est une expérience banale dans un contexte fait à la fois de désœuvrement, d’ennui, d’amusement, d’affirmation de soi, de défi et d’entraînement collectif. C’est même plutôt marrant, si on s’fait pas choper…
N°12 : ‘faut pas exagérer non plus, c’est pas bien grave si certaines formes de petite délinquance et de violence participent depuis toujours de la socialisation entre pairs dans les milieux populaires. Elles ne doivent donc pas nécessairement être considérées comme des formes d’associalité annonciatrices d’une carrière délinquante, c’est juste pour déconner quoi !